1940 dans l'Aisne | 18e RTA 1940

1940
La Bataille de l'Ailette



Manicamp |
Besmé | Saint-Paul-aux-Bois | Quierzy | ...

L'Aillette et son canal

L'Ailette est un affluent de l'Oise, qui s'écoule entièrement dans le département de l'Aisne. Elle prend sa source dans la forêt de Vauclair  près du village de Ste-Croix, au nord du Chemin des Dames, qu'elle suit avant de longer le canal de l'Oise à l'Aisne à partir de Chevregny - Monampteuil en contournant le Massif de St-Gobain par le sud puis l'ouest. L'Ailette se jette dans l'Oise entre Quierzy et Manicamp.

Le canal de l
'Aillette ou canal de l'Oise à l'Aisne relie la vallée de l'Aisne au sud à celle de l'Oise au nord, soit 48 km de long. Il est relié au canal latéral à l'Aisne à Bourg-et-Comin, toujours dans le département de l'Aisne, passe sous le Chemin des Dames par un souterrain de plus de 2 km et rejoint la vallée de l'Ailette en amont du bassin de Monampteuil pour atteindre le canal latéral à l'Oise à Abbécourt
non loin de Manciamp.

En avril 1917, la petite rivière est l'objectif du premier jour de l'offensive française du Gal Nivelle. Elle ne sera atteinte que fin octobre après la bataille de la Malmaison. Son canal devient alors la ligne de défense allemande. En 1918, il est la base de départ de l'offensive allemande de Ludendorff en mars. L'Aillette est définitivement reprise en septembre 1918.
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Mai 1940, le miracle se produira sur la Somme, l'Ailette et l'Aisne

En mai 1940, Gamelin n'étant pas parvenu à "colmater" la brèche ouverte sur la Meuse par les Panzers dans les armées françaises, il doit se résoudre à s'opposer à l'extension latérale de la percée vers le sud sur l'Aisne et l'Ailette. Le dispositif est rapidement prolongé sur la Somme.
Weygand une fois nommé généralissime espère arrêter sur ces coupures l'offensive allemande. Ce dispositif défensif s'appuyant sur la Somme, le canal Crozat, le canal de l'Ailette et l'Aisne est surnommé « Ligne Weygand». Au 25 mai, Weygand indique au conseil de guerre qu'il lui reste 59 divisions à opposer à 130 à 150 allemandes.
 


Les dispositifs français et allemand au 5 juin 1940

 
Sur le canal entre Oise et Aisne, au 5 juin 1940, on trouve du nord au sud la 87e DIA Martin de Manicamp à Pont-St-Mard, la 7e DI Hupel de Crécy-au-Mont à Pinon et la 28e DI Lestien de Chavignon à Soupir avec en arrière les 11e et 8e DI derrière l'Aisne.

Les 87e et 11e DI sont rattachées à la VIIe Armée du Gal Frère, établie sur la Somme, le Canal Crozat et l'Ailette de l'Oise à Coucy-le-Château, dont la 87e DIA constitue l'aile droite. A droite de la 87e DIA, les 7e, 28e et 8e DI appartiennent à la VIe Armée du Gal Touchon installée sur l'Ailette puis l'Aisne jusqu'à Neufchâtel-sur-Aisne.

Les VIIe et VIe armées dépendent du Groupe d'Armées n°3 (GA3) du Gal Besson.

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Le dispositif français au 5 juin 1940

Au nord côté Oise, la 87e Division d'Infanterie d'Afrique (PC à Vassens), aile droite du 24e Corps d’Armée Fougère de la 7e Armée Frère :
- 18e Régiment de Tirailleurs Algériens à gauche à Manicamp, Besmé, St-Paul-aux-Bois, Blérancourt, en liaison sur l’Oise avec le 107e Régiment d’Infanterie de la 23e DI, 24e CA 7e Armée,
- 9e Zouaves au centre à Trosly-Loire, Guny, Pont-St-Mard,
- 17e RTA pour partie à droite à Pont-St-Mard, Epagny et pour partie en réserve de DI.
Autres unités de la division : 87e RAA, 287e RAL, 87e GRDIA.

Au centre, la 7e DI (PC à Crouy), aile gauche du 17e Corps d'Armée Noël de la 6e Armée Touchon (arrivée le 29 mai) :
- 93e RI à Crécy-au-Mont, Leuilly, Juvigny,
- 102e RI à Vauxaillon, Neuville s\ Margival (régiment du Lt Guy des Cars),
- 130e RI à Pinon, Allemant, Vaudesson,
Autres unités de la division : 31e RA, 231e RAL, 40e GRDI à Laffaux.

A droite, la 28e DI Alpine (PC à Chivres), 17e Corps d'Armée Noël de la 6e Armée Touchon, :
- 97e RIA à Chavignon, Pargny, Filain, La Malmaison, Jouy sur le Chemin des Dames,
- 99e RIA à Braye-en-Laonnois, Ostel sur le Chemin des Dames,
- 25e Demi-Brigade de Chasseurs : 27e BCA à Soupir, Chavonne, 7e BCA, 47e BCA à St-Mard, Viel-Arcy, en liaison sur l’Aisne avec le 6e RI à Bourg-et-Comin, 44e DI du 17e Corps d'Armée Noël de la 6e Armée Touchon,
Autres unités de la division : 2e RAM, 202e RAL, 22e GRDI.

On trouve également en arrière de l’Ailette sur la deuxième position de l’Aisne : la 11e DI (1e DBCP, 26e et 170e RI, ...) affectée au 24e Corps d’Armée Fougère de la 7e Armée Frère et la 8e DI (12e REI, 142e et 237e RI, ...) au 17e Corps d'Armée Noël de la 6e Armée Touchon. Soit un total de cinq divisions, dont trois en première ligne sur l’Ailette.

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Le dispositif allemand

Côté allemand, on trouve également sur l'Ailette des unités appartenant à deux armées différentes relevant du Heeresgruppe B von Bock : la 6. Armee von Reichenau au nord et la la 9. Armee Strauß, nouvellement formée avec des unités non encore engagées en France, au sud.

Au nord côté Oise, principalement face à la 87e DIA, appartenant à la 6. Armee von Reichenau :
- la 255. InfanterieDivision (ID) Wetzel de réserve, avec en arrière sur l'Oise et l'extrémité du canal Crozat, la 263. ID Karl du 5. ArmeeKorps (AK) Ruoff, face au 32e RI, 23e DI,
- la 72. ID Mattenklott du 44. AK Koch,
- la 1. GebirgsDivision Kübler du 44. AK Koch, devant la 7e DI.

Au centre, devant les 7e et 28e DI se trouve le 18. AK von Speck de la 9. Armee Strauß :
- la 290. ID Dennerlein,
- la 25. ID Clössner,
- la 81. ID von Löper en réserve.

Au sud côté Aisne, secteur de la 28e DI, a pris place le 42. AK Kuntze de la 9. Armee Strauß également :
- la 50. ID Sorsche,
- la 291. ID Herzog sur l'Aisne,
- la 292. ID Dehmel en réserve ?

Le 43. AK Böhme, appartenant à la 9. Armee Strauß, se tient en réserve, prêt à exploiter.

(
Bundesarchiv-Militärarchiv Freiburg).

C’est donc avec une importante supériorité numérique de plus de trois contre un que les allemands s’apprêtent à engager la deuxième phase de la bataille de France. 

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Le déroulement des combats

Le 5 juin 1940 au matin, l
'attaque allemande (Opération rouge / Fall Rot) débute par un violent bombardement terrestre et aérien sur tout le front de la mer à l'Ailette. Puis 9 divisions allemandes se lancent à l'assaut du canal défendu par trois divisions françaises. Les combats sont particulièrement violents au nord dans le secteur de la 87e DIA, à la jonction avec la 23e DI, et au sud dans le secteur des 7e et 28e DI, à leur jonction.
 

Les assaillants franchissent le canal en plusieurs points au prix de lourdes pertes puis contournent les premières lignes de défenses françaises, qui résistent sur le canal et en arrière (Guny, Trosly-Loire, ...). Le 5 juin au soir, l'avancée allemande reste limitée. En certains points les allemands ont été rejetés. La progression la plus importante est réalisée par la 25. InfanterieDivision du 18. AK qui est parvenue à avancer par Chavignon (97e RIA) vers le Chemin des Dames et La Malmaison.

Le 6, la progression allemande reste difficile mais le 18. AK, durement accroché à Pinon (130e RI), réussit à s'enfoncer vers Soissons : la 290. ID atteint une ligne Vauxaillon - Vauxrezis – Pommiers à l'ouest de la ville et la 25. ID arrive devant Missy-sur-Aisne à l'est avant de franchir l'Aisne dans la soirée. Le 6 au soir, les deux divisions du 17e CA (7e et 28e) sont dès lors contraintes de se replier au sud de l'Aisne entrainant le repli de la 87e DIA très éprouvée.

A gauche, Noyon tombe aux mains du 5. AK le 7 juin au soir. A droite, Soissons est pris par la 290 ID le 8.

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Guy des Cars, L’officier sans nom, Paris, Flammarion, 1955

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Les Commémorations de la Bataille de l'Ailette de 1940

La première commémoration de la Bataille de l'Ailette est organisée à Alger le 5 juin 1941 par les amicales des trois régiments d'infanterie de la 87e DIA : le 9e Zouaves, le 17e et le 18e Tirailleurs Algériens.

Les anciens du 9Z, 17e et 18e RTA, des 87e RA, 287e RAL, PAD 87, GRD 87, Génie et Transmissions 87, des compagnies du train, de l'Intendance, de la Prévôté, de la Justice Militaire, du Service de Santé et du Service de l'Air sont invités à commémorer l'anniversaire de la Bataille de l'Ailette à 9 heures 30 au carré militaire du cimetière musulman d'El Kettar et à 11 heures en l'église Sainte-Marie-Saint-Charles de l'Agha avant une réception en fin de journée dans les salons de la Brasserie de l'Etoile en présence du Gal Martin, qui commandait la division en 1940.

A la même heure, des messes sont dites à la mémoire des morts de toutes confessions de la 87e DIA dans les églises de Manicamp, Saint-Paul-aux-Bois, Trosly-Loire, Guny, Sellens, Trosly-Breuil, Blérancourt, Besmé.

Source : L'Echo d'Alger, 5 juin 1941
Commémorations de la bataille de l'Ailette

Les Batailles de l'Ailette de 1917-1918

Conquise par les allemands à l'été 1914, l'Ailette est reprise par les français sur 20 kilomètres entre Quierzy et Vauxaillon, c'est-à-dire entre l'Oise et l'ouest du Chemin des Dames, en mars 1917, lors du repli allemand sur la ligne Hindenburg (Operation Alberich). Le Chemin des Dames, Barisis et la forêt de Saint-Gobain, La Fère restent aux allemands.
 
Le 16 avril 1917, la petite rivière est l'objectif du premier jour de l'offensive française du Gal Nivelle sur le chemin des Dames. Les résultats sont décevants. Des attaques complémentaires permettent au 1er Corps d'Armée Coloniale de reprendre le 5 mai les ruines du Moulin de Laffaux. Malgré le remplacement de Nivelle, le front est secoué par les mutineries en mai et juin. L'Ailette n'est finalement atteinte fin octobre qu'après la bataille de la Malmaison lancée le 24 octobre. Son canal devient alors la ligne de défense allemande de Braye-en-Laonnois à Vauxaillon.

En 1918, le canal de l
'Ailette est la base de départ de l'offensive allemande de Ludendorff de mars. Au nord, l'attaque allemande est tout d'abord arrêtée sur la rivière début avril, mais la position doit être abandonnée fin mai lorsque les allemands franchissent une nouvelle fois le Chemin des Dames. L'ennemi tient alors Noyon et l'armée française regagne ses positions d'avant 1917 vers Bailly, Tracy-le-Val, Bois de Saint-Mard, Ferme de Quennevières, Moulin-sous-Touvent, Autrêches, Chevillecourt, Nouvron-Vingré, Cuisy et le nord de Soissons par Cuffies, Crouy, ...

Lors de l'attaque alliée de l'été 1918, les allemands ne peuvent faire qu'une courte pause sur l'Ailette qu'ils abandonnent
définitivement fin août 1918.
 
C  a  n a  l    d  e    l  '  A  i  l  e  t  t  e
Pont de Bichancourt Pont du Bac d'Arblincourt Pont de Champs
Bois de Manicamp
Bois de Fêves
 
Manicamp Besmé
Saint-Paul-aux-Bois
Trosly-Loire
 
GRDI 87 puis 23e DI puis III/18e II/18e I/18e II/18e puis II/9Z

Camelin  Le Fresne Blérancourt  
 
II/17e II/17e III puis II/18e  

A s'entenir au nombre des Morts pour la France figurant dans le fichier du SGA / Mémoire des Hommes, les combats les plus durs, dans les sous-secteur du 18e RTA, se déroulent à St-Paul-aux-Bois : 42 fiches individuelles, puis Manicamp-Bichancourt : 18 (7+11), Trosly : 18 et Camelin-le-Fresne (17e RTA) : 17.
163 fiches pour le 18e Tirailleurs Algériens (période 39-45) Algérie 131, Hérault 7, Hte-Garonne 3, Gard 2, ...